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Développement,  Education

Cortisol, stress et cerveau de l’enfant : le regard d’une médecin endocrinologue

Comme vous le savez, le monde de la parentalité a beaucoup parlé du cortisol ces dernières années. Pourquoi ? Parce que cette hormone est produite en situation de stress. Comment cela a été montré ? Principalement dans des modèles expérimentaux de rats, et de souris, soumis à des protocoles de stress bien particuliers. 

De nombreux influenceurs et influenceuses se sont emparés de ce message pour diffuser à tout va auprès des parents qui les suivent, “Attention ! Si votre enfant est stressé, il sécrète du cortisol, c’est mauvais pour son cerveau”. Ces messages étaient confortés par les ouvrages de la pédiatre Catherine Gueguen, et de la psychothérapeute Isabelle Filliozat. En effet, ces dernières ont largement axé leur argumentaire contre les violences éducatives, sur les effets délétères du stress sur le cerveau de l’enfant.

Il est tout à fait exact que des situations de maltraitance physique et psychologique ont un impact à long terme sur le cerveau, cela est largement prouvé par les données de la science. Mais il est plus hasardeux de généraliser ces résultats à la vie quotidienne d’un enfant aimé et entouré par ses parents.

Pour faire le tri dans les idées reçues sur le cortisol, nous avons demandé à la Docteure Pauline Sevin, endocrinologue, de répondre à quelques questions.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’endocrinologie?

L’endocrinologie est une spécialité médicale, qui permet de prendre en charge les pathologies liées à un dysfonctionnement d’origine hormonale.

C’est assez vaste, car les différentes hormones participent à la régulation de l’organisme dans sa globalité et peuvent toucher différents systèmes : on peut donc prendre en charge des situations aussi variées que des patient.e.s ayant un diabète, des problèmes thyroïdiens, des troubles du cycle ou de la fertilité, des pathologies surrénaliennes  ou encore des retards de croissance ou pubertaires en pédiatrie.

On entend couramment dire que le cortisol est l’hormone de stress. Est-ce vrai ? A quoi sert-elle ?

Oui, c’est vrai. En réponse à un stress, qu’il soit psychologique et/ou physique, on observe effectivement une libération de cortisol et d’adrénaline par les glandes surrénales. Cependant, il faut garder en tête que cette hormone est produite et libérée quotidiennement, en situation physiologique (soit hors condition de stress) et qu’il s’agit d’une hormone vitale.

Le cortisol est produit par les deux glandes surrénales (il y en a une située anatomiquement au-dessus de chacun des deux reins) et a de multiples actions :

  • Il agit par exemple sur la régulation de la glycémie (en augmentant la synthèse de glucose par le foie)
  • Il participe alors au maintien de l’équilibre glucidique et énergétique de l’organisme
  • Le cortisol a aussi un effet sur la régulation de la pression artérielle
  • Il a une action sur la régénération de l’os, sur la peau et la cicatrisation
  • Il peut également avoir une action anti-inflammatoire et immunosuppressive,
  • Enfin, il a une action stimulante sur le système nerveux central.

C’est donc un élément clé, et indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Les patients n’en produisant pas suffisamment, quelle qu’en soit la raison, se voient prescrire un traitement substitutif quotidien, à vie, qui est indispensable à leur survie.

Comment le taux de cortisol est-il régulé dans notre corps ?

La production et la régulation de cortisol se font grâce à ce que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophysaire- surrénales. L’hypothalamus est une partie du cerveau qui va produire une hormone stimulante appelée CRH. Le CRH va ensuite agir au niveau de l’hypophyse. L’hypophyse est une glande intracérébrale située dans une cavité osseuse, appelée selle turcique. Elle permet la régulation d’une grande partie des hormones de notre corps. En l’occurrence, l’hypophyse va produire l’ACTH qui va ensuite stimuler  la production de cortisol par les glandes surrénales.

Lorsque le cortisol atteint un taux suffisant dans le sang, il va aller inhiber la production de CRH et d’ACTH : c’est ce qu’on appelle un rétrocontrôle négatif, et cela permet de maintenir un état d’équilibre.

axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien axe HPA production cortisol CRH ACTH

Ce qu’il est important de savoir et de comprendre, c’est que le taux de cortisol dans le sang varie au fur et à mesure de la journée, de manière physiologique, selon le rythme jour / nuit (aussi appelé rythme nycthéméral). Ainsi le matin, notre taux de cortisol va être maximal, pour ensuite progressivement diminuer et arriver à son taux le plus bas vers minuit.

Est-ce que des maltraitances graves induisent une élévation du taux du cortisol, et des effets délétères sur le cerveau à long terme ? 

Oui, effectivement, cela est possible. Des situations de maltraitances psychologiques et/ou physiques, constituent une source de stress intense, répétitif et prolongé : c’est ce que l’on appelle le stress chronique. Ainsi, cela va induire une production de cortisol augmentée de manière durable. C’est cette chronicisation de l’augmentation du taux de cortisol dans l’organisme qui va entraîner potentiellement des conséquences au niveau cérébral.

Il est également important de préciser que plus l’enfant sera jeune, plus le cerveau sera immature et donc plus les effets néfastes sur le fonctionnement cérébral pourront être importants. Les effets à long terme peuvent être l’apparition d’un syndrome anxieux ou encore d’un syndrome dépressif. Il peut également y avoir un retentissement sur les facultés de mémorisation. 

Et qu’en est-il de petites situations quotidiennes stressantes (se dépêcher, être contrarié, faire une colère, pleurer très fort…) Sur quelles bases scientifiques peut-on affirmer que cela génère la sécrétion de cortisol ?

Les situations décrites ci-dessus peuvent constituer une source de stress modéré et transitoire (ce que l’on appelle stress “aigu”), que l’on rencontre fréquemment dans la vie quotidienne. Cela peut effectivement entraîner une élévation du taux de cortisol, mais cette élévation sera transitoire et modérée et donc non significative par la suite. Les études n’ont actuellement pas montré que les situations du quotidien ont un retentissement tel qu’il y a des conséquences au niveau cérébral.

De plus, certaines études présentent des biais ou extrapolations importants. Nous avons vu que le taux physiologique de cortisol varie selon le moment de la journée, cela implique donc une méthodologie précise par exemple, pour pouvoir comparer de manière fiable les taux de cortisol de différents patients.

De la même manière, le taux de cortisol le plus haut étant le matin, des dosages réalisés à ce moment-là ne permettront pas de mettre en évidence un excès de cortisol, mais seulement un manque de cortisol si celui-ci est trop bas.

Par ailleurs, des études menées sur les rongeurs pourront difficilement permettre de conclure aux mêmes fonctionnements et aux mêmes retentissements dans l’espèce humaine. 

Est-il vrai que l’ocytocine est “l’antidote” du cortisol, comme on le lit souvent ? L’ocytocine est-elle vraiment sécrétée dès qu’on fait un câlin à son enfant, comme le disent certains influenceurs ?

L’ocytocine est une hormone produite dans l’hypothalamus et excrétée à partir de l’hypophyse. Son rôle périphérique est bien connu dans la mise en place des contractions lors de l’accouchement et dans la lactation. Elle a également une action intracérébrale, et joue un rôle dans la régulation des comportements sociaux.

Si il a été montré qu’elle permet une atténuation possible du stress, en revanche il ne s’agit pas là d’une hormone qui antagonise directement le cortisolLes principales études ont montré une efficacité lors de l’administration exogène d’ocytocine, ce qui n’est pas forcément représentatif des taux endogènes physiologiquement présents.

Parallèlement à cela, elle est effectivement souvent décrite comme l’hormone de l’attachement. La plupart des études ont été menées chez les espèces animales mais il est probable que dans l’espèce humaine, on obtienne des résultats similaires (cela reste une extrapolation malgré tout).

Lors de contacts physiques parents/enfants, l’ocytocine faciliterait le maintien du lien d’attachement entre eux, mais les études ont montré l’importance du contexte des différents protagonistes dans son action. Cependant, certaines données sont pour le moment à prendre avec précaution car il reste encore de nombreuses zones de flou quant au réel impact de l’ocytocine endogène.

De nombreuses études sont encore en cours afin de déterminer avec fiabilité les différentes actions de l’ocytocine.

Que dire à des parents qui n’osent pas du tout laisser leur enfant manifester de la contrariété ou des pleurs, de peur qu’il ne sécrète de cortisol et que cela impacte le développement de son cerveau ?

Je pense que la première chose à faire est de rassurer les parents. Non, le fait de perdre patience, de refuser quelque chose à un enfant et /ou d’entraîner une frustration n’entraînera pas de conséquence sur la maturation et le développement cérébral de leur enfant en rapport avec un taux de cortisol trop haut.

Bien évidemment, le propos ici n’est pas de dire qu’il faut crier sur ses enfants ou s’opposer à eux en permanence sans raison. Il est évident qu’il est important et primordial pour les enfants d’évoluer dans un environnement respectueux et sécure. En revanche, rapporter cette problématique à l’argument, (extrêmement anxiogène pour les parents et on le comprend) selon lequel cela entraîne un taux de cortisol élevé, et donc un retentissement négatif sur leur développement cérébral, est erroné.

 

Un commentaire

  • Gimonet Bertrand

    Merci pour cet article très intéressant. Je suis en train d’écrire un article sur les pleurs et je cherche des articles scientifiques montrant l’impact de ce taux de cortisol au long terme.
    Je fais de la prévention du syndrome du bébé secoué et lutte contre ce courant qui préconise de ne pas laisser bébé pleurer quand on.est a bout et que secouer bébé est plus.nephaste que le cortisol….!!! Si vous avez des références je.suis preneur. Merci. Et continuez à faire ce type d’articles

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